Contre l'idéalisation des actes criminels en chanson - Québec

À qui de droit, Le groupe RebELLEs Montréal prend le temps de vous adresser cette lettre afin de vous exprimer notre profond regret ainsi que notre inquiétude suite à la performance musicale d’un des groupes, Caloon Saloon, participant à la demi-finale (le 12 avril 2010) du concours Francouvertes, tenu au Lion d’Or. Plus particulièrement, la chanson « Ruelles blues » nous a profondément choquées. Les paroles, crues et explicites, parlent de viol, de violence envers les femmes (tant physique que psychologique), et de domination masculine. Elles sont aptes à provoquer un profond malaise, particulièrement chez celles et ceux dans l’assistance qui ont pu être victimes de telles agressions. Je cite certaines de ces paroles en exemples: « Parce que j’men viens chercher ce que tu veux pas me donner/Tous les moyens sont bons pour passer une nuit avec toi » et encore « J’vas tasser les couvertures juste pour voir de quoi ton cul à l’air ». Plusieurs éléments dans ces paroles sont particulièrement préoccupants et troublants: celui qui les énonce semble prêt à tout pour arriver à ces fins, et ceci inclus la violence. De plus, le corps de la femme est perçu comme un objet qui peut être utilisé comme bon lui semble. L’histoire qui y est racontée est, malheureusement, courante: l’homme a le désir de garder le contrôle sur la femme, dans une logique de violence conjugale, et ce, même si la relation a pris fin. Bien que la liberté d’expression soit une valeur fondamentale de la société québécoise, et à laquelle nous croyons et que nous tenons à protéger, nous nous demandons tout de même quelle est la pertinence, lors d’un concours subventionné tant par le gouvernement fédéral (la SOCAN) que provincial (la SODEC), de textes prônant si ouvertement sans remord ni dénonciation quelconque, de manière éhontée, sans aucun artifice et sans gêne aucune, des actes criminels. Car c’est bien de cela qu’il s’agit: des fonds publics ont été utilisés afin de faire la promotion (certainement de manière non intentionnelle, nous en convenons) d’actes criminels. La liberté d’expression n’est pas au-dessus de la loi. Il n’est pas question dans ce cas-ci de censure des opinions politiques auxquelles nous ne croyons pas, ou bien d’une forme d’art que nous n’apprécions pas. Il s’agit bel et bien de paroles haineuses, faisant la promotion de la violence : non seulement sont-elles profondément misogynes, mais elles ont des conséquences graves, bien réelles, sur le quotidien de plusieurs femmes. Nous tenons d’ailleurs à rappeler que des lois existent afin de contrecarrer justement ce genre de propos. Ces paroles ne peuvent pas être perçues qu’au premier degré: il n’y a aucune trace d’humour, aucune trace d’ironie qui pourraient expliquer, ou du moins tempérer, le sens des mots très durs qui y sont employés. Ce qu’il y a d’encore plus préoccupant, c’est qu’elles banalisent, d’une manière éhontée, l’acte criminel qu’est une agression sexuelle. Si ces actes ne sont pas tolérés dans les faits, nous ne voyons pas pourquoi il serait acceptable d'en faire la promotion ouvertement sans pitié en chanson. Bref, nous pensons que de telles paroles sont non seulement inappropriées, mais de plus inadmissibles dans un concours utilisant comme source de financement des fonds publics. Et même si le financement avait été de source privée, il n’y a, à nos yeux, aucune justification pour laisser une tribune d’expression à de tels propos. Malheureusement, les agressions sexuelles sont encore bien présentes dans la société québécoise, et sont des sources d’immenses souffrances pour ceux et celles qui en sont victimes. Selon le CAVAC (le Centre d’Aide aux Victimes d’Actes Criminels),1 femme sur 3 et 1 homme sur 6 sont agressés sexuellement avant l’âge de 18 ans (www.cavac.qc.ca). Et en dehors des agressions sexuelles, la violence faite aux femmes est encore trop présente, même en 2010. En aucun cas, elle ne devrait être prise à la légère. Les chiffres du CAVAC démontrent l’étendue du problème et portent à réfléchir. Nous sommes tous responsables, de manière individuelle et collective, des valeurs que nous souhaitons transmettre et véhiculer dans la société dans laquelle nous vivons. En aucun cas, la violence faite aux femmes (ou envers quiconque d’ailleurs) ne devrait être l’une d’elles. Nous nous demandons également si le texte aurait suscité davantage de réactions si les propos avaient été dirigés envers un groupe ethnique ou religieux ou encore une minorité sexuelle. Si la violence avait été dirigée, par exemple, envers les juifs, les arabes, les noirs, les homosexuels? Nous sommes convaincues que les réactions auraient été d’autant plus vives. Il est déplorable de constater que la violence envers les femmes, malgré tout le chemin parcouru et les luttes menées ces dernières années, n’est pas prise aussi sérieusement qu’elle le devrait. En terminant, nous tenons à vous remercier de votre attention. Bien à vous, Collectif Rebelles de Montréal

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